Vanessa

"Enceinte pour la 1ère fois après un parcours de PMA en solo depuis 2 an et demi, avec 2 fausses couches et 2 échecs d'implantation, je suis passée d'une grossesse idyllique au cauchemar en l'espace de 2 semaines.

Je venais de passer l'écho du 5ème, le 9 mai, où tout allait bien, j'apprenais que j'allais avoir une fille. Je commençais vraiment à me projeter. C'était le bonheur.

Quelques jours plus tard, j'ai commencé à avoir un peu d'oedèmes avec 1kg de plus en 3 jours mais bon j'étais sous corticoides à faible dose pour une crise de rhumatisme. J'ai vu mon médecin le 14 qui m'a fait arrêter le traitement,en contrôlant ma tension, j'avais 14/9. Elle me fait faire une prise de sang et un contrôle de tensions sur 2 jours. Je la revois le 16 et ma tension est toujours élévée. Elle contacte mon gynécologue qui me fait débuter un traitement anti hypertenseur et me fixe un rdv une semaine plus tard. Les oedèmes ont augmenté entre le 19 et le 22 et la tension restait élévée et cela a empiré le 22.

Le 22 mai, mon gynécologue me fait hospitaliser pendant 48h pour une surveillance mais mon état s'est dégradée dans la nuit et j'ai été transférée le 23 au CHU pour une prise en charge d'une pré éclampsie sévère et précoce, à 24 sa+5j et pour ce que j'ai appris quelques jours plus tard, un sauvetage maternel. J'apprenais ce jour-là que cela avait eu aussi des répercussions sur ma fille, avec un retard de croissance, de mauvais échanges entre elle et moi, pas assez de liquide amniotique...J'étais sous le choc !!

On m'explique aussi que j'avais des facteurs de risque de faire une pré éclampsie ( âge, 1ère grossesse, double don, facteur V Leiden et maladie auto immune) mais que personne pouvait prédire que j'allais en faire une et qu'elle serait si brutale dans sa sévérité et précocité. Je n'ai jamais été prévenue de tous ces facteurs et encore moins suivie comme grossesse à haut risque !!!

Les médecins ont réussi à stabiliser mon état. Je continuai à prendre des oedèmes, la protéinurie augmentait encore et j'étais en restriction hydrique. Mon bébé avait un bon rythme cardiaque et bougeait toujours bien. Chaque jour de pris était un jour de gagné comme on se le disait avec les gynécologues et les sage-femmes.

Mon état de santé s'est détioré le 31 et j'ai failli accoucher mais ils ont réussi à nouveau à le stabiliser.

Nous étions "stables dans la médiocrité" m'a t-on dit. J'avais pris 18kg en 12 jours !!

Mais le soir du 1er juin, ma tension a été incontrôlable avec problèmes aux reins et au foie et mon bébé avait un ralentissement du rythme cardiaque.

J'ai eu une césarienne en urgence à 26 sa et Mila est née, pesant 590gr et elle respirait toute seule. J'ai eu la chance de la voir un bref instant quand j'étais encore en césarienne.

J'étais heureuse et inquiète en même temps car je connaissais les risques d'une très grande prématurité.

Mon état a été préoccupant et continuais à se dégrader après l'accouchement car j'avais encore une majoration des oedèmes, une protéinurie élévée...j'ai fait l'effet "rebond" de la pré éclampsie. J'étais tellement mal en point que ça été difficile pour moi d'aller voir ma fille en réanéonat comme je l'aurai souhaité . Cela a été très dur à accepter, je culpabilisais.

J'ai réussi à faire du peau à peau avec Mila le lendemain de l'accouchement. C'était tellement magique.

Le lundi 3 après-midi, Mila a eu une perforation digestive qui a eu de graves répercussions sur le plan respiratoire où elle a été mise sous ventilation à haute fréquence. J'ai pu aller la voir en lit le soir où je suis restée 1h30 avec ma main sur elle. Son état étaait stable. Je voulais garder espoir.

Le mardi 4, je suis allée au moment de ses soins. Je lui ai parlée, mis ma main sur elle pendant que l'infirmière s'occupait d'elle. Là, elle me dit que Mila a ouvert ses yeux quand elle a entendu ma voix, qu'elle ne l'avait pas fait le matin. J'étais si heureuse.

J'ai rencontré les pédiatres pour parler de la dégradation de son état de santé,. Au vu de son terme et de son poids, une chirurgie digestive ne semblait pas raisonnable en cas de récidive de perforation. Ils ne savaient pas non plus les conséquences sur le développement moteur du fait de son petit périmètre crânien. Sa situation était précaire mais toujours stable. Nous avons à nouveau échanger sur le fait que je ne voulais pas d'acharnement thérapeutique. Le plus important pour moi c'était que Mila ne souffre pas. Même si j'étais consciente de tout cela, c'était dur à encaisser. Le soir, j'ai à nouveau fais du peau à peau. Je lui ai dit qu'on était deux battantes, j'ai chantonné des berceuses que j'avais l'habitude de faire le soir quand elle était encore dans mon ventre.

Le mercredi 5, j'ai appelé comme tous les matins après ses soins pour prendre des nouvelles de la nuit et redire que j'allais venir aux soins de 14h. Et là, l'impenssable est arrivé. Le pédiatre me dit que ça serait bien de venir maintenant, d'appeler même mes parents car l'état de Mila s'est détérioré et qu'il n'y a plus rien à faire. Je suis éffondrée seule dans ma chambre. J'appelle ma mère en pleurs. Elle arrive peu de temps après et nous allons ensemble voir Mila. L'infirmière m'explique que son état s'est dégradé avec une nouvelle perforation digestive, qu'il y a du sang dans sa trachée, qu'elle fait une hémorragie pulmonaire...

Elle m'a installée Mila en peau à peau contre moi et quelques heures après, elle s'est envolée des suites d'une défaillance multi viscérale.

J'ai hurlé de douleur. C'était la fin.

Tout au long de mon hospitalisation, le personnel soignant n'arrêtait pas de dire que j'étais courageuse, forte, combattive mais là j'étais plus qu'anéantie. C'était si injuste et cruel, pourquoi moi. Ma vie s'effondrait...

Je suis sortie de l'hôpital le 18 juin.

J'ai longtemps culpabilsé et encore maintenant,de ne pas être rentrée plus tôt à l'hôpital même si tous les gynécologues m'ont dit et me le redisent encore que cela n'aurait rien changé à l'issue dramatique.

Deux mois après, je n'ai gardé aucune séquelle physique. Mais je suis morte de l'intérieur, mon coeur est brisé.

On me l'a arrachée.

Voilà l'histoire de mon miracle éphémère."

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