Question : "Je ressens une profonde détresse ? Pourquoi ? "

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle série de publications, autour de la souffrance psychique dont vous nous parlez souvent. Nous avons travaillé avec Fabienne Cautru, psychologue clinicienne à la maternité de Port Royal à Paris et membre de notre comité scientifique. Nous lui offrons ici un espace pour mettre « des mots sur nos maux », ce qui fait déjà du bien.

« Les femmes qui ont subi une pré-éclampsie ont vécu un accouchement traumatique. Outre le sentiment de choc, elles ressentent souvent une profonde souffrance psychique (tristesse, anxiété, panique, etc). Nous allons voir aujourd’hui pourquoi ceci arrive et quelles formes cette souffrance peut prendre.

Après l’apparition des premiers symptômes, la pré-éclampsie peut évoluer très vite et entraîner des complications graves dans 10% des cas, ce qui peut engager, à court terme, le pronostic vital de la mère et de son bébé. Ce sont l’éclampsie, l’hémorragie cérébrale, l’insuffisance rénale chez la mère, le décollement placentaire, le syndrome HELLP. C’est pourquoi, l’accouchement est souvent décidé dans l’urgence, dans une atmosphère fébrile, en témoigne le soudain affairement des soignants autour de la patiente.

La réalité de l’accouchement, violent et soudain, peut constituer un événement traumatogène au sens où la patiente a été confrontée à une menace de mort, portant sur son intégrité physique et/ou celle de son bébé. Précisons qu’une situation traumatique est celle où le « Moi » craint d’être sans recours, il est débordé dans ses capacités de défense par une accumulation d’excitations internes et externes, et n’arrive plus « à gérer ».

Le traumatisme peut générer une grande souffrance qui peut être un symptôme de deux troubles : un Trouble de Stress Post-Traumatique qui peut apparaître en différé, quelques mois après l’évènement traumatogène ou un Trouble dépressif. Ces troubles relèvent d’un diagnostic médical et de traitements spécifiques.

Dans tous les cas, il est conseillé aux mamans de ne pas laisser de souffrance s’installer ou s’amplifier. Ce n’est bon pour personne, et encore moins quand vous avez un petit bébé dont il faut s’occuper. Il ne faut pas hésiter à parler, à ses proches notamment (mais nous verrons dans une autre publication que certains proches ne peuvent pas nous aider), et à demander soutien et accompagnement auprès des professionnels de santé en qui vous avez confiance. »


Qu’est-ce qu’un Trouble de Stress Post-traumatique ?


- Avez-vous le sentiment d’avoir échappé de peu à la mort ?

- Repensez-vous sans le vouloir aux évènements de l’accouchement ?

- Avez-vous parfois le sentiment de revivre cet évènement ?

- Faites-vous des cauchemars ?

- Avez-vous du mal à fonctionner depuis cet évènement ?


Pour plus d’informations vous pouvez consulter le site : www.info-trauma.org


Qu’est-ce qu’un Trouble dépressif ?


La dépression est une maladie à part entière. Elle comporte des dérèglements biologiques et se définit par des formes et des stades différents. La dépression relève ainsi d’un diagnostic médical et de traitements spécifiques. La seule volonté ne suffit pas à guérir, contrairement à l’avis de certaines personnes qui, par méconnaissance portent des jugements de valeur et ont des attitudes négatives envers la personne qui en souffre.

Rappelons que cette affection peut toucher l’ensemble de la population et pas seulement des personnes considérées comme fragiles. Il s’agit d’une maladie fréquente : selon une étude de Santé Publique France en 2017, une personne sur 10 en France aurait vécu un épisode dépressif caractérisé au cours de 12 derniers mois.

La dépression se caractérise par :

- une humeur sombre et une douleur morale : la personne déprimée parle de « baisse de moral », de « tristesse » ou de « cafard ». Ceci est perçu par l’entourage, qui remarque une modification comportementale dans les paroles, les actes, les attitudes ;

- une disparition du plaisir et de la motivation : la personne déprimée perd tout intérêt, tout plaisir pour des activités qui la motivaient habituellement. Des symptômes spécifiques apparaissent dans les domaines alimentaire, sexuel (perte de libido) et même relationnel avec parfois une insensibilité aux autres ;

- une perte d’énergie : la fatigue est physique et mentale, marquée par une incapacité à agir et une faible endurance qui ne peut s’expliquer par aucune cause habituelle. La personne ressent un manque d’entrain manifeste et une grande lassitude ;

- une vision négative de soi et du monde : la personne a l’impression de ne rien valoir, d’avoir « tout raté dans sa vie » ou peut exprimer une certaine hostilité envers les autres. Ce mode de pensée tranche avec son fonctionnement habituel ;

- des angoisses importantes dans 50% des cas : il s’agit d’inquiétudes permanentes et disproportionnées ou de signes physiques d’angoisse (tension nerveuse, palpitations cardiaques) ;

- une souffrance corporelle : les troubles du sommeil sont souvent au premier plan : troubles de l’endormissement, réveils nocturnes, cauchemars, insomnie en fin de nuit… Une phase dépressive peut aussi entraîner une perte de poids ou à l’inverse un appétit grandissant. De nombreux autres symptômes peuvent apparaître : douleurs multiples (dos, ventre, tête…), constipation, frilosité, sensation de malaise général ;

- des idées suicidaires : c’est l’un des facteurs qui signe la gravité de la dépression.

Ces symptômes sont intenses, c’est-à-dire sensibles et différents de l’état habituel de la personne. Ils sont durables et ils entraînent un retentissement important sur les activités et le fonctionnement des individus.



Ce que la dépression n’est pas

Les états de tristesse, de vague-à-l’âme ne doivent pas automatiquement être attribuées à un syndrome dépressif. En effet, cela peut être une réaction normale à une situation douloureuse ou à un stress intense. Ceci n’empêche pas le recours à des mesures thérapeutiques (repos, conseils, psychothérapies…)

L’anxiété doit aussi être distinguée de la dépression qui, elle, s’accompagne d’autres symptômes (tristesse, perte de plaisir et d’intérêt, perte d’appétit, fatigue…). Dans la plupart des cas, les troubles anxieux débutent tôt dans la vie (dans l’enfance ou avant 30 ans) et persistent durant plusieurs années alors que la dépression ne dure généralement que quelques mois.

Pour plus d’informations : www.info-depression.org




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