Question psy : Je me sens seule et incomprise. Comment faire comprendre aux autres ce mal-être ?

L’évènement d’une pré-éclampsie au cours de la grossesse peut, dans certains cas et pour certaines personnes constituer un traumatisme et déclencher dans l’après-coup, après une période de latence de durée variable selon la personne et le contexte, ce que l’on appelle une névrose traumatique (définie par le psychiatre Oppenheim en 1888). L’évènement a fait effraction dans le psychisme de la mère, s’y incrustant, s’y fixant… Les recherches actuelles en neurosciences révèlent en effet que toute expérience, quelle qu’elle soit, perception externe ou sensation interne, laisse effectivement une trace à la fois structurelle et fonctionnelle dans le réseau neuronal. A fortiori un traumatisme (selon le psychiatre Ansermet, 2004).

La névrose traumatique est caractérisée entre autres par le syndrome de répétition déjà évoqué dans un précédent post dont l’une des manifestations est ce qui s’appelle la rumination mentale, en terme psychiatrique. Centrée sur l’évènement, ses causes et ses conséquences, elle prend la forme d’un questionnement incessant qui s’impose à l’esprit de la maman (« pourquoi moi ? ») et de plaintes répétées (« personne ne me comprend, personne ne m’aide… »). Et cela, alors que les proches, lassés et se sentant impuissants, encouragent la maman à « tourner la page », banalisant ainsi sans le vouloir la violence de l’évènement. Or un évènement traumatique qui n’a pas fait l’objet de verbalisations répétées adressées à un Autre reste hors sens, hors histoire.

Il faut souligner également l’éventuelle altération de la personnalité qui peut se dessiner dans un délai variable : les mamans disent qu’elles ne sont plus comme avant, qu’elles ne se reconnaissent plus et que leur entourage les trouvent changées dans leur manière de se comporter et dans leur rapport à autrui.

Tout cela concourt au sentiment d’incompréhension…

Que faire ? Trouver un espace d’écoute et de parole est important. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé l’association et nos pages. Le groupe Facebook privé « Echanges bienveillants autour de la prééclampsie », avec qui nous travaillons, est aussi un espace accueillant pour vos témoignages et questions. Nous réfléchissons aussi à la mise en place de groupes de parole, sur la région parisienne dans un premier temps.

Mais dans certains cas, la souffrance de la maman est telle qu’elle doit la conduire à demander de l’aide auprès d’un professionnel : celui-ci pourra lui offrir un espace pour rendre le traumatisme traitable. Et ce travail passera par le sens, l’histoire et la participation de la maman à ce qui lui arrive (Ansermet, 2004).

Oppenheim H., neuropsychiatre (1857-1919)

Ansermet F., professeur de psychiatrie, psychanalyste à Genève.

Ansermet, F. (2004), Sortir du traumatisme, la Cause Freudienne, 58, 22-27



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