Pré-éclampsie précoce, manque de moyens et mort in utero (Lana)

06 août 2021


Nous partageons aujourd’hui le triste témoignage de Lana qui a perdu sa petite fille à cause d’une pré-éclampsie précoce à 27SA avec mort in utero… Il existe malheureusement de grandes inégalités en matière de moyens dans le monde et certains pays d’Afrique pour que les grossesses pathologiques puissent être suivies comme il le faut. Il est bon de rappeler qu’en aucun cas vous êtes responsable de ce qu’il arrive à votre bébé en cas de pré-éclampsie ! La pré-éclampsie est présente dès le début de la grossesse mais les signes n’apparaissent qu’à partir de la 2ème moitié de la grossesse et, elle est caractérisée par un dysfonctionnement du placenta qui dépend de divers facteurs de risque. N’hésitez pas à consulter notre post Informations médicales à ce sujet. Nous envoyons nos douces pensées à Lana.


« Je suis Lana, j’ai 29 ans. J’ai récemment vécu une pré-éclampsie, en mai dernier. C’est tellement difficile d’avoir vécu ce genre de chose. Je tiens à préciser que je suis africaine et je vis en Afrique. Je précise cela parce que quand je lisais les témoignages sur cette page, je me suis rendu compte que la prise en charge des femmes pré-éclamptiques en Afrique est très différente de celle des pays occidentaux.


Je suis en couple avec mon conjoint depuis 7 ans maintenant. Nous ne sommes pas encore mariés et nous vivons une relation à distance depuis des années. Nous nous rejoignons 2 ou 3 fois par an. Toutefois, nous avons quand même décidé d’avoir un enfant en novembre 2020. Ma grossesse a été confirmée le 20 novembre 2020. J’ai décidé de démissionner de mon ancien travail pour déménager en ville parce qu’étant enceinte, je voulais avoir un travail plus adapté à une femme enceinte et être plus proche de la ville pour pouvoir bénéficier des suivis médicaux appropriés tout au long de ma grossesse. Quelques jours après l’annonce de ma grossesse, mon conjoint a repris la route pour rejoindre son poste à environ 1000km de chez nous. Alors je vivais seule. Je travaillais et je vivais normalement jusqu’au troisième mois de ma grossesse.


En février 2021, j’ai eu le Covid19. J’ai eu un repos médical de 15 jours. Après les 15 jours de repos et de traitement, j’ai repris le travail. Je faisais un suivi mensuel de ma grossesse dès le début.

Au début du mois d’avril, je suis allée chez mon gynécologue pour le suivi mensuel. Tout allait bien sauf une légère hausse de la tension (13/9). Mon entourage me faisait des remarques sur le gonflement de mon visage, mais tout le monde disait que c’était normal quand on est enceinte. Tout passait si vite. Je commençais à vomir de temps en temps alors que je n’avais jamais eu de malaises depuis le début de ma grossesse. Mon conjoint s’inquiétait beaucoup pour moi. Il a pris un congé de quelques jours et m’a rejointe. Heureusement qu’il y avait eu une restriction de voyage à cause du Covid, cela lui a permis de rester un peu plus longtemps que prévu.

Je me sentais de plus en plus fatiguée, j’avais mal au cœur, je m’essoufflais au moindre effort, j’avais mal au ventre, je vomissais, j’avais des œdèmes des membres inférieurs et un gonflement du visage surtout au réveil. J’avais aussi mal à la tête, des mouches dans les yeux. Je savais que je n’allais pas bien et je m’inquiétais. Pendant tout ce temps, je continuais à travailler. Je suis retournée chez mon gynécologue pour lui expliquer ce qui n’allait pas. Je lui ai tout expliqué. Il a vérifié ma tension artérielle : elle était à 14/9. Il m’a ordonné de faire une analyse d’urines sur 24h et une analyse sanguine.

Deux jours plus tard, le résultat de mon analyse a montré que j’avais des protéines dans les urines. Je vérifiais sur internet ce qui m’arrivait en faisant des recherches basées sur mes symptômes et le résultat de l’analyse. J’ai découvert la page de l’association Grossesse Santé contre la pré-éclampsie grâce à cette recherche. C’est là que j’ai appris ce qui m’arrivait : je faisais une pré-éclampsie à 27SA.


Je suis retournée chez le gynécologue le lendemain. Il a confirmé une pré-éclampsie avec un RCIU sévère pour mon bébé. Mon bébé était devenu moins actif, je ne le sentais pas bouger comme d’habitude. Ma tension était très élevée. Il me disait que c’était trop tôt pour sortir mon bébé de mon ventre. Mon bébé ne survivrait pas à un accouchement parce que l’hôpital n’est pas assez équipé pour ce genre d’intervention. On ne pouvait rien faire…Il fallait juste attendre jusqu’à 34SA. J’ai pleuré. Je lui ai demandé la cause probable de cette "foutue" maladie : il m’a dit que c’était peut-être parce que c’était ma première grossesse et que mon corps n’était pas habitué au sperme du père car on est souvent éloignés. Je lui ai demandé si le fait d’avoir eu le Covid à la fin du 3ème mois de grossesse pourrait être une des causes, mais il m’a dit que non. Il me disait de rentrer chez moi, de me reposer et d’arrêter de travailler jusqu’à l’accouchement. Le lendemain, je commençais à aller mieux. Mes œdèmes avaient diminué.


Deux jours plus tard, je ne sentais plus mon bébé. Je suis allée en urgence à l’hôpital et j’ai demandé qu’on me fasse un monitoring. C’est là que j’ai appris que le cœur de ma petite fille avait cessé de battre et qu’on devait provoquer un accouchement par voie basse pour pouvoir la sortir de mon ventre… Ils m’ont laissée rentrer chez moi et ont programmé l’accouchement en me disant que je pourrais attendre trois semaines si je n’étais pas encore prête psychologiquement et financièrement pour le faire. On a déclenché un accouchement par voie basse trois jours plus tard, à 28SA, le 5 mai 2021. Mon conjoint a essayé de me consoler (je l’en remercie) mais jusqu’à présent, je n’arrive pas à passer à autre chose…


Ma famille me reproche d’avoir minimisé ma grossesse et que c’est ma faute si j’ai perdu ma fille parce que je n’avais pas assez de moyens pour bien me nourrir durant ma grossesse et faire un suivi mensuel de ma grossesse… Je suis pauvre, c’est vrai mais j’avais quand même fait tout mon possible pour avoir les qualités de vie dont une femme enceinte a besoin. Je faisais un suivi mensuel avec le gynécologue (échographie et tous les autres examens), je me nourrissais de fruits et légumes, de viande, de yaourts… D’autres femmes africaines vivent dans des conditions pires que les miennes, mais elles arrivent quand même à avoir un bébé en bonne santé…

Depuis la perte de ma fille, le sentiment d’avoir échoué, de ne pas être capable de devenir une mère me ronge. Cela fait un mois [juin 2021] maintenant que j’ai perdu mon bébé. Je suis retournée chez mon gynécologue pour un contrôle. Il m’a dit que tout allait bien, que je dois juste attendre six mois pour une autre tentative de grossesse et que deux mois avant la prochaine grossesse, je devrai le consulter pour commencer un traitement. Quand je lis tous les témoignages sur la page de l’association, je me dis que si j’avais été en Europe, mon bébé aurait peut-être survécu grâce à la meilleure prise en charge qui y existe. J’aurai pu être hospitalisée jusqu’à mon accouchement avec tous les soins nécessaires. »


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