Pré-éclampsie avec oedèmes importants (Eliza)

10 septembre 2021


Eliza nous raconte aujourd’hui son expérience de la pré-éclampsie vécue l’année dernière avec une apparition d’œdèmes très importantes mais qui n’inquiétait personne plus que cela comme ses analyses et sa tension était bonnes. Comme vous pouvez le voir, la pré-éclampsie peut s’aggraver très rapidement et ne pas être accompagnée de tous les signes précurseurs lorsqu’elle apparaît. Eliza parle également du stress post traumatique qu’elle a vécu. Nous souhaitons plein de bonheur à Eliza, Aaron et au papa.


« Je m’appelle Eliza, j’ai 23 ans et je suis avec le père de mon fils depuis 8 ans maintenant. Le 21 janvier 2020 suite à un retard de règles, je décide de faire un test de grossesse et surprise : il est positif ! Nous étions heureux de cette superbe nouvelle, notre bébé était prévu pour le 4 octobre 2020 !


Le début de ma grossesse s’est plutôt bien déroulé. J’étais très fatiguée, nauséeuse (pas de vomissement), je n’avais pas grand appétit, j’ai d’ailleurs perdu 17kg ! Une grossesse qui se déroulait quand même normalement. J’étais suivie par une gynécologue avec des échographies de contrôle tous le mois, prises de sang,… Le déroulement banal. Nous avions appris que c’était un petit garçon pour mon plus grand bonheur et il se développait très bien.


Au mois de juin 2020, au cours de mon 6ème mois, les fameux « œdèmes » ont fait leur première apparition ! Au début, ils étaient légers et disparaissaient la nuit mais cela n’a pas duré longtemps. Ils sont très vite devenus très importants et surtout impressionnants, principalement localisés aux chevilles et pieds. J’ai demandé conseil à mon médecin et à la pharmacie mais pour eux, c’était « normal » en plein été... Petit à petit, les œdèmes ont pris une très grosse ampleur : mes bras et mes mains étaient très gonflés aussi et j’ai développé le syndrome du canal carpien qui était plutôt désagréable.

Malgré cela, mon deuxième trimestre s’est plutôt bien passé mais j’étais devenue énorme. Je m’étais renseignée sur les œdèmes et j’avais vu sur internet cette fameuse « pré-éclampsie » mais je ne m’étais pas attardée sur le sujet, étant une grande stressée. Je voulais vivre cette grossesse le plus sereinement possible pour moi et pour bébé et, ne pas ajouter de stress inutile. Pourquoi cela m’arriverait ?!

J’ai commencé à être suivie en juillet par ma gynécologue qui devait me faire accoucher. Je lui ai également parlé des œdèmes mais comme mes analyses étaient bonnes et ma tension aussi, elle n’a jamais abordé le sujet et m’a prescrit des bas de contention avec un test du diabète pour vérifier. Test négatif (ouf) mais mon état se dégradait de plus en plus. J’ai dû à contre-cœur couper toutes mes bagues qui me coupaient les doigts… Mon visage commençait lui aussi à gonfler, j’étais monstrueuse !


Le début du troisième trimestre a commencé à être difficile. J’avais hâte d’accoucher tellement c’était lourd de porter tout ce poids, j’avais du mal à marcher, je ne rentrais plus dans aucune chaussure, mes œdèmes étaient très douloureux au niveau des orteils surtout, le canal carpien aussi. J’avais beaucoup de migraines, souvent la vision trouble. C’est en y repensant que je me dis qu’il s’agissait de signes annonciateurs mais je n’en savais rien... Ma famille s’inquiétait beaucoup mais comme on m’avait dit à plusieurs reprises que c’était normal, je n’osais pas me plaindre de toutes ces douleurs. J’étais enceinte, pas malade et, je ne voulais pas faire ma « chochotte » alors j’ai pris sur moi. Je continuais ma vie, mon ménage à fond,…et je ne sais pas comment j’ai fait...

Lors de ma T3, on a découvert que mon fils avait une duplication pyélique avec dilatation. J’ai eu une échographie de contrôle deux semaines après qui l’a confirmée. Mis à part cela, tout allait bien pour moi…la taille de mes œdèmes n’affolait personne...


Le 24 août 2020, je me suis réveillée à cause d’une forte douleur sous les côtes. J’ai pris un bain pour essayer de soulager la douleur. J’ai cru qu’il s’agissait de contractions au début mais ce n’était pas localisé au bon endroit…puis la douleur était permanente... J’ai prévenu mon conjoint pour qu’il garde son téléphone près de lui au travail, au cas où... Je me suis rendormie puis c’est passé. J’ai ensuite passé la journée avec ma mère et ma sœur à faire les magasins en ville et à la fin de la journée, je me suis sentie mal. J’ai fait un petit malaise. Avec la chaleur et le masque, pour moi c’était normal mais ma mère était très inquiète…surtout qu’en touchant mon bras il était devenu aussi dur que mes jambes. Elle a eu l’impression que j’allais éclater. Elle voulait absolument que je contacte la maternité pour savoir ce qu’ils en pensaient ou que j’aille consulter. J’ai alors appelé la maternité qui m’a conseillé de passer faire un monitoring pour me rassurer vu mon terme (35SA+2). Avant de partir, j’ai pris ma tension qui était à 13/7.


22h00 : nous arrivons à la maternité. Monitoring de 45min avec tensiomètre. Le sage-femme revient à la fin et me dit que ma tension est quand même élevée et qu’ils vont faire un bilan (prise de sang et test urinaire). Ma tension est entre 15 et 17, ils prennent ma tension toutes les quinze minutes. L’attente est longue, il est 1h00, nous avons très chaud. Aucunes nouvelles. J’appelle pour avoir un verre d’eau et demander ce qu’il en est. Le sage-femme revient et me dit que les résultats sanguins ne sont pas très bons mais qu’il y a un souci au laboratoire et qu’ils ne les ont pas tous.

2h00 : il revient pour me dire qu’ils n’ont toujours pas les résultats mais que ma gynécologue va passer me voir et il m’enlève le tensiomètre.

2h30 : ma gynécologue vient me voir avec le sage-femme et elle m’explique que j’ai bien fait de venir. Ma tension est plutôt élevée, mes œdèmes sont importants (enfin !) et mes résultats sanguins ne sont pas bons. Elle m’explique qu’il y a une suspicion de pré-éclampsie et qu’ils vont m’hospitaliser… Là, mon cerveau se bloque - sûrement pour me protéger de la suite – c’est un choc et je ne réalise pas. J’étais là sans être là…

Elle m’explique qu’ils vont me garder au moins un jour pour faire l’analyse d’urines sur 24h et voir l’évolution de la pré-éclampsie puis essayer d’attendre deux semaines pour atteindre les 37SA mais ce sera un déclenchement. Du fait de l’évolution de mon état, je serai déclenchée au bout de trois jours. Je n’étais absolument pas prête à cela mais ce n’était rien à côté de la suite…


On m’amène en chambre mais il n’y a pas de lit pour mon conjoint qui m’avait rejointe après le travail. Il est 3h15, il me dit qu’il va rentrer dormir un peu et qu’il revient très tôt le matin avec mes affaires. Et là, je le vis très mal, je fonds en larmes et cette douleur au ventre revient ! Elle est tellement forte que je ne peux ni être debout, couchée ou assise. Je me dis que c’est le stress et lui aussi me dit de me calmer, de dormir et que cela ira mieux. Mais, impossible…j’arrive à peine à respirer, je suis obligée de parler pour avoir du souffle.

Je décide d’appeler les sages-femmes. Elles me donnent des cachets et me disent de me calmer. Elle posent le tensiomètre et le monitoring. Malgré le cachet pour la tension, cela ne diminue pas et sur le monitoring, je vois le cœur de mon fils qui passe à 200 puis redescend à 90…ce qui me stresse encore plus ! Je les rappelle parce que j’ai vraiment trop mal, c’est insupportable.

En l’espace de 30 min, j’ai appelé trois fois et elles ont décidé d’appeler ma gynécologue pour qu’elle viennent me voir.

Entre temps, je décide de me passer sous l’eau chaude pour voir si cela me soulage, mais rien n’y fait. Je tourne en rond tellement j’ai mal, je deviens dingue, j’ai la tête qui tourne, je fais des petits malaises, j’ai des nausées…

Ma gynécologue arrive, me dit de me calmer et qu’elle repassera vite voir si les cachets ont fait effet. Mon conjoint me dit aussi de me calmer sinon ils m’enverront sûrement en salle d’accouchement et que ce n’est pas le moment. Il pense que c’est le stress, mais moi je sais que c’est autre chose. J’ai l’impression que personne ne comprend ma douleur. On me dit de me calmer mais c’est insoutenable, impossible... Elle revient cinq minutes plus tard, voit que cela ne va vraiment pas et me dit qu’ils vont me placer en salle de naissance pour voir ce que l’on va faire (mais eux savaient déjà...). Elle part chercher un fauteuil et, à peine deux secondes plus tard, arrive en courant complètement paniquée… Elle m’annonce qu’on descend car les résultats d’urines sont à 17g de protéines au lieu de 0,3g et qu’il faut faire vite…


Mon cerveau se bloque à nouveau. J’ai sûrement compris ce qui allait se passer mais sans vraiment vouloir comprendre. J’ai tout vécu sans être vraiment moi-même, je me souviens de tout mais que j’étais absente... Ils m’amènent donc en salle de naissance. Moi, j’étais persuadée que j’allais rentrer chez moi et que tout irait bien. Je ne voulais pas y croire…

Une fois arrivée en salle de naissance, cinq infirmières rentrent en panique. Ils commencent à tout préparer. Deux autres infirmiers rentrent pour du renfort. Il faut me poser la perfusion mais avec mes œdèmes, c’est impossible. Ils piquent une fois, puis deux, puis trois... Ils appellent l’anesthésiste et je deviens vulgaire ! Je n’étais plus moi-même et j’avais mal... Ils m’ont piquée une dizaine de fois pour au final me poser deux perfusions. Ils m’expliquent que c’est plus sûr comme cela. Je décide d’appeler ma mère. Il est environ 4h30, je lui explique, je suis en pleurs. Je reviens à moi quelques instants et c’est la panique totale… L’anesthésiste et ma gynécologue m’expliquent qu’ils vont faire une césarienne en urgence sans vraiment me dire que cela ne va pas du tout… Ils essaient d’être le plus calme et serein possible pour ne pas me faire paniquer mais je leur dis que je ne veux absolument pas de césarienne ! C’était hors de question ! Je voulais juste qu’on me soulage et je voulais accoucher normalement. Ils m’expliquent que pour me soulager, il n’y a que l’accouchement qui le fera… Je n’ai pas trop insisté, je n’avais pas la force et pas le choix. Ils me font une dernière prise de sang et me posent des questions concernant mon fils. Et là, je me sens partir… Je ne contrôle plus rien, je commence à trembler, je sens mes yeux se révulser. Ils essaient de me garder consciente, mon conjoint me mettait de petites tapes sur le visage en m’appelant pour que je reste éveillée. Au bout de quelques minutes, j’ai repris mes esprits mais je me sentais comme droguée. L’anesthésiste me fait signer le document pour la rachi puis ils me placent sur un fauteuil et m’amènent au bloc. Ils donnent une blouse à mon conjoint, lui disent d’attendre et qu’ils l’appelleront quand il pourra venir.


Je rentre au bloc opératoire, j’ai l’impression d’être dans un film… Cette table d’opération au milieu, une grande lumière au plafond, il fait froid, c’est une ambiance tellement particulière. Les médecins aussi sont froids et sérieux, ils semblent inquiets mais je n’y prête pas plus attention.

Ils m’installent sur la table, me préparent pour l’anesthésie. Première piqûre… Rachianesthésie. Il pique une fois, ma jambe gauche part toute seule en l’air, et je l’entends dire : "Mince j’ai raté"... Il repique. Cette fois c’est ma jambe droite qui part et à nouveau : "Encore raté", sauf que je l’arrête et lui dis que je ne sens plus rien et que cela va aller. D’un coup, je suis prise de nausées, je sens que je vais vomir… Je vomis…mais bleu... Cela m’a beaucoup marquée mais je ne sais pas pourquoi c’était bleu... Je me sens mieux, même beaucoup mieux… Je ne sens plus cette douleur atroce, cette barre épigastrique, c’est un soulagement. Je me laisse aller, je ne pense à rien, à part à mon fils. Je reste détendue. Ils placent une sonde urinaire et commencent la césarienne.


Quelques minutes après, mon conjoint entre enfin. J’ai cru qu’il n’allait jamais venir. Il s’assoit à mes côtés et je lui dis que je me sens bien et qu’on va être parents. Il me tient la main. Je sens bouger dans mon ventre, j’entends les bruits d’aspiration du liquide amniotique (je suppose), puis d’un coup je sens une sensation hyper bizarre, comme un vide. D’un coup, je sens mon ventre qui se relâche ! J’entends pleurer, deux pleurs consécutifs.

On est le 25 août 2020, il est 5h26, mon bébé est là, ça y est, il est né.

Je suis tellement rassurée. J’ai toujours eu peur que le bébé ne pleure pas à la naissance. La sage-femme met mon fils devant moi un court instant : il a les yeux grand ouvert, il me regarde, il est si beau, si parfait. Je pleure, je suis fière et tellement heureuse ! C’est un bonheur inexplicable ! Je lui dis "bonjour" et lui fais un gros bisou sur son front puis il part pour les soins avec papa.

Je tremble, mon corps est incontrôlable, c’est vraiment très désagréable. J’ai mal aux muscles mais je ne peux rien faire à cause de l’anesthésie.


Une fois recousue, on me place en salle de réveil. Difficile de se déplacer d’un lit à l’autre. Mon conjoint me rejoint. Je suis exténuée, je lâche prise, j’ai besoin de dormir mais avec les tremblements c’est impossible, je suis vraiment KO. J’essaie malgré tout de dormir mais avec les allées et venues pour refaire des prises de sang, la machine qui contrôle mes constantes mal branchée qui sonne et les tremblements, c’est impossible. Mon conjoint me tient la main, je me sens bien, j’essaie de contrôler les tremblements mais il doit aller voir notre fils. C’est l’angoisse, j’avais trop hâte qu’il revienne.

Vers 11h00, on me place en chambre. Les tremblements sont enfin moins intenses. J’essaie de me reposer. Vers 14h00, une gentille infirmière décide d’amener mon fils quelques minutes. Je suis tellement heureuse ! Neuf heures après je peux enfin le prendre dans mes bras ! Il se porte à merveille. Mon petit Aaron fait 2kg370 et 42cm. Pour un petit prématuré, ce n’est pas mal et comme c’est un super guerrier, il n’a eu besoin d’aucune assistance même pas de couveuse ! Il restera une semaine en néonatalogie.


Durant cette semaine il y a eu des hauts et des bas. J’étais sous traitement pour la tension mais sans succès, je suis repassée en intraveineuse. J’étais toujours entre 17 et 15 et, j’avais toujours des protéines dans les urines. Cela a été compliqué moralement : mon conjoint ne pouvait pas rester le soir et c’était difficile de rester seule dans cette chambre. Je ne voulais pas laisser mon fils le soir. Je restais des heures en néonatalogie. J’avais hâte de rentrer !

Une fois rentrés à la maison, j’ai gardé mon traitement pour la tension un mois puis les piqûres de Lovenox® six semaines. Tout allait bien jusqu’à mon RDV post natal. Quand on en a reparlé avec la gynécologue, qu’elle m’a plus ou moins expliqué puis que j’ai récupéré mon dossier médical et que j’ai lu ses mots, j’ai compris. J’ai réalisé ce qu’il s’était réellement passé et cela a été un choc !


J’ai fait une grosse dépression, j’étais très mal. J’essayais de ne pas le montrer mais je pleurais pour un rien. Un simple mot pouvait me mettre dans tous mes états, je passais ma journée au lit dans le noir. Bien sûr je m’occupais de mon fils, c’était ma seule raison de me lever du lit mais on restait sur le lit tous les deux... J’ai dû prendre contact avec une néphrologue pour être suivie et faire des examens. Puis j’ai eu un suivi psychologique qui m’a malgré tout aidée même si cela reste un souvenir douloureux pour moi. J’arrive à en parler sans pleurer mais j’ai aussi des moments où j’ai besoin d’évacuer, c’est normal.

J’ai passé un tas d’examens. On m’a découvert un SAPL (syndrome des antiphospholidiques). C’est encore en phase de recherche mais cela expliquerait pourquoi j’ai fait une pré-éclampsie. Un an après, j’ai encore de nombreux RDV et examens parce que j’ai de nombreux soucis notamment de très fortes migraines quotidiennes qui me provoquent des malaises, trouble de la vision, hypersensibilité auditive,… Ce mois-ci, j’ai rdv avec un interniste et j’espère qu’il apportera enfin des réponses à mes questions.

Je sais que pour une prochaine grossesse, je serai très suivie et j’aurai le fameux traitement que nous connaissons toutes : Aspegic® et Lovenox®.

Mon fils a 11 mois, il se porte très bien, il évolue à merveille ! Il a très bien rattrapé les courbes de croissance et poids : il fait 75cm pour un peu plus de 11kg. En ce qui concerne une prochaine grossesse je ne suis absolument pas inquiète, je n’ai pas peur (pour le moment). J’ai même hâte ! J’ai tellement aimé la grossesse malgré tout, je sais que la prochaine sera suivie et je fais confiance aux médecins qui ont très bien réagi pour mon fils. J’espère que mon témoignage pourra aider certaines femmes, mamans… Vous êtes toutes exceptionnellement fortes ! »


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