Témoignage sur la prééclampsie

« Après des années d’attente et d’embûches, il y a ce jour de juin 2013 où le sentiment d’être enceinte me fait faire ce test qui va changer ma vie à jamais... On me l’annonce dès le départ : durant cette grossesse je vais être très suivie. J’ai perdu 50kg durant les 2 années précédentes et j’ai malheureusement vécu la mort in utero de notre fils, 7 mois auparavant, à 4 mois 1/2 de grossesse. Je suis très stressée, j’ai peur de ne pas manger assez pour ce bébé et moi, j’ai peur que lui aussi son cœur s’arrête sans aucune explication... Mais malgré toutes mes inquiétudes bébé va très bien. On me met sous progestérone les 3 premiers mois. J’ai une échographie chaque mois et une visite chez le gynécologue. À l’échographie du 4ème mois on nous annonce que bébé ne grandit pas assez, qu’il est trop petit pour son âge gestationnel. Pas de panique, avec ma perte de poids « c’est normal ». Ma tension est bonne et stable. 5ème mois, je souffle un peu, (les 4 mois 1/2 sont passés). Ouf ! Je vais enfin pouvoir profiter de ma grossesse. J’adore être enceinte ! Je prends plaisir à sentir les coups de mon bébé, c’est un vrai bonheur. On nous annonce que c’est une petite fille. On nous dit que malheureusement elle ne rattrape pas son retard de croissance. On passe à 1 échographie tous les 15 jours. J’essaie de ne pas m’inquiéter, on m’a dit qu’avec ma perte de poids « c’est normal ». Les mois passent... toujours le RCIU, bébé grandit, suit sa courbe mais elle est petite et petit poids. Ma tension est bonne et stable. Mis à part des carences en vitamines dues à ma perte de poids, mes analyses sont bonnes. Rien à signaler ! À 7 mois, on passe à une échographie par semaine. On nous annonce un petit bébé, de moins de 3kg à terme. Je relativise, les petits bébés il y en a... De mon côté je me prépare à un accouchement physiologique, je fais de l’acupuncture pour accoucher plus sereinement sans péridurale, on choisit la playlist musicale avec le papa, on choisit le prénom, on prépare la chambre... À 8 mois, l’échographie montre que bébé a eu une poussée de croissance d’un seul coup ! Quelle joie !!! 🤗 On arrête les échographies hebdomadaires et on passe au monitoring hebdomadaire. Ma tension est toujours bonne et stable. Nous sommes le mardi 4 février 2014, je suis à 3 jours de mon terme. La nuit dernière a été difficile je n’ai pas réussi à dormir. En fin de grossesse, il n’y a rien d’anormal hein ? Mais moi, j’étais gênée par une douleur au niveau de l’estomac. Je me suis dit que bébé devait appuyer car elle n’avait plus beaucoup de place là-dedans ! Je montre des photos qu’on a prises la veille en promenade, à mon mari. Il me fait remarquer que je suis très gonflée au visage. Je n’en tiens pas compte : « eh oh je suis enceinte et sur le point d’exploser, okay !!!! » Bref, la journée passe. Je me sens mal, je ne bouge pas du canapé. Toujours mal au niveau de l’estomac. Je réalise que je n’ai pas manger depuis 24h, pas d’appétit du tout. Mais vers 18h30 des mouches devant mes yeux apparaissent... Là, je m’inquiète car au bout de 30 minutes ça ne passe pas. J’ai le réflexe de consulter « Google » et je tape juste « enceinte, mouche devant les yeux » et je lis « prééclampsie, danger, tension élevée ». Mon mari me dit de prendre ma tension. Malheureusement le câble de mon tensiomètre casse. Impossible de prendre ma tension. Je suis dans le brouillard total, en mode « robot ». Je sens mon bébé bouger donc je me dis « tout va bien, ce n’est rien. » Mon mari m’amène à la pharmacie pour qu’ils prennent ma tension. Je fais la queue et je demande gentiment. Réponse : « C’est curieux, on n’a jamais eu cette demande vous devez être stressée pour me demander ça, mais bon je vais vous le faire. » Résultat de la mesure : Plus de 18. La pharmacienne : « vous êtes trop stressée madame, je vous l’avais dit. Retournez chez vous et reposez-vous. » Je sors de la pharmacie. Je me dis qu’elle doit savoir ce qu’elle dit, moi je n’y connais rien en tension ! Et puis je me résonne et me rends compte que je ne suis pas du tout stressée ni inquiète, je suis complètement dans le coltar c’est tout ! Je téléphone à la maternité. Il est 19h45. J’explique à la sage-femme que j’ai de la tension (je lui donne la mesure). Elle me dit de venir faire un contrôle de suite à la maternité. Je n’ai aucune valise avec moi. Je pars pour un contrôle... Je n’accouche que dans 3 jours ! Mon mari et moi arrivons à 20h15. Prise de sang, pipi dans un bocal et installation de monitoring. La sage-femme ne trouve pas le cœur de bébé. Je la sens bouger donc je ne m’inquiète pas. Mais ça m’agace... Prise de tension, elle a augmenté. Elle me pose une perfusion et m’injecte un produit pour faire baisser la tension. Tout s’accélère. Je ne comprends pas mais je vois mon mari inquiet. Comme jamais je ne l’ai vu depuis 10 ans. Là je réalise que quelque chose ne va pas mais je suis toujours dans ce brouillard. Et cette douleur et ces mouches qui sont toujours là ! Grrrr La sage-femme me demande : « Madame, vous comprenez ce qui est en train de se passer ? » Je lui réponds : « non, pas du tout. » Et là, ça tombe : « On a reçu les résultats de vos analyses et elles ne sont pas bonnes du tout. Vous faite une prééclampsie sévère. Votre bébé va bien mais votre foie et vos reins sont touchés, la seule solution c’est de vous faire accoucher au plus vite. On a appelé le docteur il est en route, il va vous faire une césarienne ». Là, mes rêves d’accouchement physiologique et tout notre projet de naissance etc., tout s’écroule... Tout le monde est agité autour de moi. Le docteur arrive. Il me gronde en me demandant pourquoi je ne suis pas venue avant. Je lui dis que je ne savais pas que j’avais les symptômes de quelque chose, moi ! Il me demande qu’est-ce qui m’a fait venir à la maternité. Je lui réponds que j’ai regardé sur Google. Et là il me dit «et bien Google vous a probablement sauvé la vie. » Pleine d’inquiétudes et sans aucune certitude, je dis au revoir à mon mari. Je n’ai jamais vu autant d’amour dans ses yeux que ce jour-là... J’apprends en allant au bloc que ce n’est pas 1 mais 2 docteurs qui ont été appelés pour réaliser ma césarienne, pour que ça aille plus vite.

Péridurale. Larmes qui coulent. Je crois que je m’assoupis un peu. Je n’en peux plus. À 22h17, la voix la plus merveilleuse que j’ai entendue de ma vie me sort de ma somnolence, notre petite Ellie est venue au monde. Je la vois 30 secondes. Juste le temps de lui dire que je l’aime et que je n’arrive pas à croire qu’elle soit là ! On m’explique qu’on l’amène à son papa et qu’on doit me recoudre.

Je me réveille vers 1h du matin. Je suis seule en salle de réveil. Branchée de partout, j’ai très froid. Je me demande si je rêve ou si j’ai vraiment vécu ce moment surréaliste. J’appelle une infirmière qui me met des couvertures chauffantes car ma température est très basse. Ma tension n’est toujours pas stable. Je réclame mon bébé et mon mari. Je me dis qu’elle doit avoir faim. On me répond qu’ils sont débordés à la maternité, qu’il y a eu d’autres accouchements et qu’on ne peut pas me mettre dans ma chambre tout de suite. À 3h du matin, notre petite famille est enfin réunie (en salle de réveil mais on s’en fiche !). Je réalise que je suis passée à côté de la mort ce soir... Je réalise que j’ai failli ne jamais vivre ce moment...

La suite ? Il a fallu faire le deuil de cet accouchement que je n’ai pas eu. Et puis aussi... Dans l’urgence de cette soirée j’ai attrapé un staphylocoque lors de ma césarienne. Ma cicatrice au bout de 14 jours s’est ouverte et j’ai eu une opération d’urgence pour retirer les fils. Elle est restée ouverte ensuite et j’ai subi 4 mois de soins à domicile pour qu’elle se ferme. Des soins si douloureux qu’ils m’ont marquée à jamais... La prééclampsie a failli m’emporter, elle m’a volée mon accouchement, elle m’a volée les si précieux premiers instants de vie de ma fille, elle m’a volée mes 4 premiers mois de vie de maman... Aujourd’hui, Ellie a presque 6 ans, nos liens sont très forts. On sait d’où l’on vient toutes les deux et je réalise chaque jour la chance que j’ai d’être sa maman. La prééclampsie a fait de moi la maman que je suis aujourd’hui. J’ai découvert en moi des forces que je ne connaissais pas.

Pendant des années nous n’avons pas voulu un autre enfant. C’était clair pour nous 2, trop de risques que cela se reproduise, trop de stigmates psychologiques aussi... 6 ans plus tard, la prééclampsie continue de nous hanter...

Un grand merci de m’avoir lue... Cette maladie a besoin d’être connue. Un chaleureux MERCI pour tout ce que vous faites ! ❤️ »

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