Témoignage sur la prééclampsie : la grossesse "d'après"

« Juin 2017 : un garçon !! Hâte d’être à l'écho morpho le mois prochain.


Juillet : l’écho dure plus longtemps que prévu et je vois le visage fermé de mon gynéco qui m'annonce que plusieurs choses ne vont pas. RCIU 5 percentile, 1seul passage du cordon qui fonctionne, doppler effrayant, tâches à la tête, estomac blanc, rein gauche affaibli et souffle au cœur. "Ça fait beaucoup, je suis désolé mais je vais vous envoyer à Marseille pour un autre avis. Il va falloir penser à une interruption." Comment est-ce possible ? Tout allait bien ! Pourquoi ? C’est ce que je mange ou ne mange pas ? C’est ce que je fais ou ne fais pas ? Trop d d'efforts peut-être... Je ne peux plus m'empêcher de pleurer, les larmes coulent sans contrôle et j’ai peur de quitter le cabinet, j’ai peur de l'annoncer à mon mari, à mon beau-père qui m'attendent dans la voiture.

Arrivée à Marseille Timone enfants. C’est le matin, bébé a bougé toute la nuit pour mon plus grand plaisir et mon plus grand chagrin. Une sage-femme décide de nous commencer l’écho dans une salle sans clim, une chaleur indéfinissable ! 2h d’écho ! La gynéco arrive enfin pour reprendre le relai au bout de 40 mn d’écho avec la sage-femme, elle me pose des questions : "Avez-vous de la tension ? Avez-vous des mouches devant les yeux ? Avez-vous mal à la tête souvent ou des vertiges ?" Alors je lui explique. Les œdèmes sont là aux cou, visage, mains, chevilles, demi-jambes et pieds, mais ce n’est que de la rétention d'eau pour moi. Pas de tension. J’ai les larmes aux yeux. La gynéco m’annonce : "Je confirme tout ce que mon collègue, votre médecin vous a énoncé mais je n’ai pas de réponses dans l’absolu… Seulement des suppositions ! (…) Votre bébé ne mange plus." L'amniocentèse s’impose ainsi que l'ACPA.

Retour en Corse. On attend les résultats. Tout est négatif. Le gynéco nous informe que le cœur du bébé peut s'arrêter à tout moment.

J’achète un Doppler fœtal. Il m'aura servi 2 semaines jusqu'à la veille de sa mort.


Lundi 7 août : je vais faire ma prise de sang habituelle pour la toxo, ainsi que le contrôle urinaire. J’étais loin de me douter que la fin était si proche... 11h00, mon portable sonne, mon gynéco. Il veut me voir. J’ai de la protéinurie dans les urines, c’est important...

Mardi 8 août : protéinurie dans les urines. Le gynéco m’annonce que le cœur du bébé s’est arrêté et qu’il va falloir accoucher.

À la clinique, pas de déclenchement possible, mon foie et mes reins ne fonctionnent pas bien. Il va falloir attendre et éviter la césarienne pendant 24h pour enfin avoir une tension à 21-22 et enfin accoucher en début d’après-midi, le mercredi 9 août.

24h à faire office de tombeau. Porter la mort, à quoi va-t-il ressembler ? Je suis seule à l'accouchement et le bébé sort seul jusqu’au bassin. J’ai dû crier pour appeler une sage-femme. La sage-femme revient m'annoncer qu’on va pouvoir voir le bébé, qu’il est magnifique, qu’une belle couverture blanche tricotée lui a été trouvée, qu’il ne faut pas perdre de temps, elle me conseille de prendre des photos de lui, de nous avec lui ... Mon mari n’a pas la force... Elle va lui parler et arrive à le faire changer d’avis... Elle nous l’apporte et me le dépose dans mes bras... Il est le portait craché de sa sœur Deva. Il a les yeux entre ouverts et la bouche aussi comme s’il voulait nous voir, nous parler... Il est parfait, et pendant une seconde j’ai cru que c’était lui qui criait... Mais non, c’était un bébé dans la salle à côté... Nous avons profité pendant une demi-heure de notre petit Andrea, notre fils. Son père ne l’a pas pris dans ses bras. Une souffrance de plus pour moi qui n'arrivait toujours pas à le regarder tellement je pouvais l’entendre pleurer... Un dernier bisou. Je te remets dans les bras de la sage-femme. Je crie en voyant tes petits pieds s'éloigner.

Résultat positif à l'étude du placenta à la prééclampsie ! Un sentiment de culpabilité énorme, je ne peux plus regarder mon mari dans les yeux. Que vais-je dire à ma fille ?


Février 2018 : enceinte à nouveau après Andrea et une fausse couche, nous voilà repartis dans ce qui va être le combat de ma vie. Je change de gynéco et d’établissement, je passe du privé au public. Je suis traumatisée, il m’est impossible de continuer avec le même médecin... Et me voilà avec mes dossiers à l’hôpital de B., où nous avons été très bien reçus, où personne ne nous a vendu du rêve, nous avons été pris au sérieux, et nous avons été compris... "Un sachet par jour de Kardegic 160, voilà ce que je te propose pour cette grossesse, ça va fluidifier le flux sanguin pour essayer d'éviter que ça bouche les échanges, que ça circule mal entre toi et le bébé. Ce n’est pas le remède miracle, les 9 mois vont être durs très durs ! C’est tout ce que j’ai à te proposer... Passe la 2ème écho morpho si tout va bien, tu auras une surveillance à la maison, une sage-femme 1 fois par semaine pour la tension et un monitoring..."


Un an après te voilà toi, mon arc-en-ciel, mon combat, Théa, ma lumière et ta grande sœur, mon hélium, réunies. Que je vous aime, mais rien ne remplacera votre frère, il manque chaque jour à mon espace et je le regrette chaque nuit. Les gens ne comprennent pas comment on peut autant souffrir pour un bébé qu’on n’a pas connu… Comment c’est possible d’avoir été dans l’état dans lequel j’étais ? ... Je ne veux pas me reconstruire, je veux vivre avec, il fait partie de moi, de nous. C’est notre histoire, je l’ai eu dans mes bras et aujourd’hui je l’ai dans ma tête à jamais. J’aime mes filles, je souffre encore et toujours, je ne veux pas que ça change, j'apprends à donner du temps à mes filles et du temps à mon fils...d’une certaine façon. L’ambivalence de sentiments fait souffrir mais c’est un pic de rappel pour nos anges, nos amours. »


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