Témoignage sur la prééclampsie

« Nous sommes en mars 2009, j'ai 20 ans tout juste, depuis un mois. Je suis avec mon copain depuis 5 ans et nous vivons déjà ensemble.

Je me souviendrai toute ma vie de ce jour de mars où j'ai appris que j'étais enceinte ; je prenais la pilule à ce moment-là, j'étais donc loin d'imaginer ce qui était en train de m'arriver... Je n'ai donc pas plus prêté attention que ça à ce mal de ventre car j'ai l'habitude de ressentir souvent cette douleur !

Les jours passent et je me sens complètement changée, j'ai le sentiment d'avoir un corps étranger en moi, j'ai très mal à la poitrine. Je décide de faire un test de grossesse qui s'avère positif et à ce moment même, je ressens plusieurs émotions à la fois, de la stupéfaction à l'euphorie en passant par l'inquiétude et la panique car je n'ai que 20 ans et bien que ma relation amoureuse soit stable c'est quand même une décision à ne pas prendre à la légère. Mais paradoxalement nous n'avions pas réfléchi très longtemps : c'était la meilleure chose qui puisse nous arriver !

Je fais une prise de sang pour m'assurer que le test disait vrai, je suis donc enceinte de 6 semaines et malgré ce papier entre mes mains je n'y croyais pas !

Il fallait maintenant l'annoncer à nos parents dont mon père qui était en plein combat contre la leucémie, néanmoins je savais que cette annonce lui ferait très plaisir.

Les mois passent et je vis une superbe grossesse excepté les prises de sang chaque mois étant donné que je ne suis pas immunisée contre la toxoplasmose sinon tout va bien.

Tout va bien jusqu'à ce mois de juillet. Je suis enceinte d'un peu plus de 4 mois quand je reçois l'appel de ma mère me disant que l'état de santé de mon père se dégrade et qu'il faut très vite se rendre à l'hôpital !!! … Quelques jours plus tard, le médecin nous annonce qu'il n'y a plus rien à faire et que c'était mieux de le laisser partir…10 ans plus tard, j'ai toujours ces images difficiles en tête où toute ma famille se précipite pour lui sauter dans les bras.

Quinze jours plus tard à peine, mon copain et moi commencions les cartons pour le déménagement prévu en octobre. Je m'en souviens comme si c'était hier. Je sens du liquide couler de mon entrejambe, je m'arrête immédiatement !!!

Je file aux toilettes et j'aperçois tout ce sang. Je me dis que je suis maudite ; je viens de perdre mon père, je ne supporterai pas de perdre aussi mon bébé ! J'hurle !!! Mon copain à travers la porte est en panique car il ne comprend pas ce que je viens de découvrir, lorsque j'ouvre et qu'il voit tout ce sang, son visage se met à perdre de sa couleur...

Les pompiers m'emmènent aux urgences.

Nous sommes début août à ce moment-là, le bébé est prévu pour le 2 décembre...

Les médecins ne comprennent pas ce qui m'arrive et décident de me garder.

Tous les matins c'est la même routine. J'ai le droit au monitoring et multiples questions mais aucun médecin n'est capable de me dire ce qui m'est arrivé ! On me dit que ça doit être les contractions qui ont fait saigner le col. Pourtant je ne les ressens pas même si on les voit passer sur le monitoring... Je suis alitée et coincée là-bas jusqu'à fin septembre où mon état se dégrade rapidement. J'ai souvent très mal à la tête et il m'arrive de voir des tâches noires passer devant mes yeux, c'est insupportable !

Ils contrôlent l'albumine dans mes urines (positif) et me font une nouvelle prise de sang car j'ai la tension qui monte à plus de 20. Je saigne de nouveau mais aucun médecin ne sait m'expliquer ce qui m'arrive !

En ce jour de septembre 2009, je me rends compte que l'heure passe et que mon plateau repas du soir ne m'a pas été servi, on me dit que quelqu'un va venir me chercher pour aller passer une échographie...

-"Ah bon ok mais pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi à cette heure-ci ?"

Mon copain rentre à la maison tandis que je file passer l'écho. On me demande s'il y a un papa... "Euh oui il était là il y a une demi-heure, pourquoi cette question ?" Et là on me répond que c'est parce que le bébé est en souffrance dû à la tension, que j'ai un hématome au placenta et que le seul moyen pour que ça s'arrête, c'est de m'accoucher en urgence car mon fils tout comme moi étions en danger et que si on attend un jour de plus ils ne savent pas s'ils pourront nous sauver tous les deux !

Auparavant on m'a fait une piqûre pour maturer les poumons de mon bébé.

J'appelle mon copain pour lui dire qu'il faut qu'il revienne rapidement car je vais accoucher, il pensait que c'était une de mes blagues car il venait de rentrer ; nous habitons à 30min environ de la maternité...

Dès qu'il arrive je perçois son excitation mêlée à de l'anxiété mais il m'apaise, me dit que tout ira bien.

Je suis prête à descendre au bloc. Il fait si froid, j'ai peur, je n'ai jamais subi d'intervention chirurgicale et on m'annonce qu'on va me piquer dans le bas du dos et qu'il ne faut absolument pas que je bouge mais j'ai tellement froid que je tremblote...

La césarienne commence, ma tension à ce moment est à 21. Je revois cette dame qui était présente pour moi et me rassurait.

J'entends tout ce qui se passe autour de moi et je sens bouger dans mon ventre au point d'avoir senti comme un peu d'air lorsqu'ils ont extrait le bébé ! J'entends “35”, je comprends que ça veut dire qu'il est né ce 27 septembre à 00h35. Je ne l'entends pas pleurer, où est-il ? On m'avait promis qu'on me le présenterait au moins pour que je vois son visage... Je comprends que quelque chose ne va pas, je pleure ! La dame me dit qu'il ne respirait pas tout seul et qu'l fallait très vite faire les premiers soins puis elle me montre le tensiomètre où aussitôt accouché je suis redescendue à 12. D'après les médecins, c'était le meilleur traitement pour une prééclampsie et enfin ils mettent un nom sur ce qui m'est arrivé.

Je remonte dans ma chambre après mon réveil, il doit être 5 ou 6h du matin. Je croise mon chéri qui a passé la nuit accompagné de 3 de mes frères dans le hall de la maternité, il refusait de partir sans m'avoir vue. Il me montre une photo de notre fils qu'il a pu apercevoir 5 min dans le couloir, je vais dormir plus confiante et lui, rentre se reposer avant de revenir quelques heures plus tard.

Notre fils est né à 31 semaines et pesait 1,4 kilos ; Il était prévu le 2 décembre !

Il est resté un mois tout pile en couveuse. C'était un mois très difficile à vivre entre les allers-retours entre la maison et la néonat et comme c'était en pleine période de grippe A, nous ne pouvions pas prendre notre bébé dans nos bras ni même l'embrasser ou le toucher sans masque ni gants et sans passer par tout un tas de protocoles d'hygiène...

Il a très vite repris de la force, réussi à respirer et à téter tout seul, ce qui lui a permis de sortir au bout d'un mois !

Aujourd'hui il a 10 ans, il va bien, n'a aucun retard de croissance, en revanche, il a toujours eu peur de l'abandon, je pense qu'il a ressenti la perte de mon papa lorsque j'étais enceinte de 4 mois.

J'ai toujours entendu une phrase qui disait qu'une naissance emportait une vie alors je me sens responsable pour mon papa mais je me dit qu'il est en lui et qu'il le protège !

Je suis de nouveau tombée enceinte au bout de 8 mois mais avec ma superstition et cette phrase en tête je n'avais pas envie "d'emporter" une nouvelle vie et quelques mois plus tard nous apprenions la maladie de la maman de mon copain et à cet instant je me suis dit que nous avions pris la bonne décision !

Depuis j'ai eu des gros soucis de gynéco bien que j'en ai depuis que je suis ado. J'ai fait 2 grossesses extra-utérines dont une qui s'est très mal finie puisqu'on m'a expressément retiré une trompe...

Aujourd'hui j'ai fait le choix de ne plus prendre de pilule ou tout autre moyen de contraception qui ne me convient jamais et malgré cela je ne tombe pas enceinte. Le médecin qui m'a retiré la trompe m'a dit que j'aurai du mal à tomber enceinte naturellement à cause de la prééclampsie et des grossesses extra-utérines répétées, qu'il serait fort probable que je sois de nouveau touchée par une prééclampsie et que pour éviter une GEU je pouvais songer à la FIV afin d'être surveillée du début à la fin pour une nouvelle grossesse mais je n'en ai pas eu envie... En grande superstitieuse que je suis je me suis dit que je suis passée près de la mort deux fois à cause des grossesses et, comme on dit jamais deux sans trois, j'ai préféré ne pas tenter et accepter mon destin, moi qui suis issue d'une famille nombreuse et qui ai toujours rêvé d'avoir deux enfants...

Alors quand des personnes mal intentionnées nous interrogent pour savoir quand on pense avoir le deuxième, on est accablés ! Je pense que cette question est trop délicate pour être posée ! Merci d'avoir pris le temps de me lire. »


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