Témoignage sur la pré-éclampsie

« Je m’appelle Camille, j’ai 31 ans, mon conjoint et moi venons de vivre une pré-éclampsie précoce, à 24 SA, avec un HELLP syndrome. Nous attendions notre premier enfant au bout de 8 ans de relation, une fille d’après notre gynécologue. Nous étions heureux, et je vivais une grossesse normale, joyeuse, avec les nausées du premier trimestre, une fatigue normale et tous ces petits tracas qui nous rappellent au quotidien qu’une nouvelle vie grandit en nous. Une crise de tachycardie, je prends rdv chez un cardiologue, il me dit que c’est sûrement « un Bouveret », bref 3 fois rien, il ne faut pas s’en inquiéter. Aux vues des antécédents d’hypertension dans la famille, il me conseille l’achat d’un tensiomètre, ce que je fais le jour même. Je commence donc à prendre ma tension, juste pour voir. Dans les 3 premiers jours, je vois qu’elle augmente tout doucement, en restant quand même dans la norme, alors je continue à la prendre et elle continue à grimper. J’ai rdv chez mon médecin traitant en fin de semaine alors j’attends. Ma tension monte mais les résultats de ma prise de sang sont bons, je ne m’inquiète pas, mon conjoint un peu.


Mercredi : La veille de mon rdv chez le médecin, le tensiomètre affiche un record : 20/13. J’appelle SOS Médecin, ils me disent d’appeler le SAMU, qui eux me disent de me rendre aux urgences. Nous y allons, confiants, je me sens bien et ma prise de sang était bonne quelques jours plus tôt. Aux urgences, ils me disent me garder pour la nuit, me perfusent et me branchent au tensiomètre pour la nuit. Ils sont rassurants, alors je ne suis toujours pas inquiète, nous ne comprenons pas encore.


Jeudi : Mon bilan sanguin n’est « pas très bon », ils me font la piqûre pour développer les poumons du bébé. Ils se mettent en relation avec l’hôpital régional (de niveau 3 en maternité) et un transfert est décidé pour la fin d’après-midi en hélicoptère. Je commencerais à prendre conscience de la gravité de ce que j’ai qu’en arrivant dans cet hôpital, eux ne se veulent pas rassurants, ils ne mâchent pas leurs mots, ils sont francs et honnêtes. J’ai une pré-éclampsie et le HELLP syndrome, le diagnostic tombe alors que je viens à peine d’arriver. À l’échographie, la petite va bien.


Vendredi : Le tensiomètre ne me quitte plus, je suis perfusée avec un traitement pour la tension (malgré tout elle ne descendra pas en dessous de 15), et mes repas sont en fonction de mes bilans sanguins. Le lendemain de mon arrivée, La gynécologue vient me voir, elle me dit que le pronostic du bébé est « très sombre » et que nous allons devoir faire un choix probablement bientôt : une interruption médicale de grossesse avec accouchement par voie basse pour préserver mon utérus, ou une césarienne pour laisser une chance au bébé. Un pédiatre va venir nous voir pour nous expliquer les risques pour la petite, il ne viendra que le lendemain.


Samedi : Il nous explique qu’elle à très peu de chances de survire et, si elle y parvient, ce sera avec de gros risques de handicap. Elle est « très petite » nous disent les sages-femmes. Je comprends qu’elle a déjà un retard de croissance. Après une discussion très douloureuse, nous nous décidons pour l’IMG et faisons part de notre souhait à la gynécologue. Mais mon dernier bilan sanguin est « moins pire » que la veille, le choix ne nous appartient plus et passé les 25 SA nous n’aurons plus de choix possible, ce sera forcément une césarienne. Dans 3 jours, nous n’aurons plus le choix…


Dimanche : Je me réveille avec une gêne dans le ventre. Le début de la fameuse barre épigastrique. Mon bilan sanguin est encore stable mais j’ai de plus en plus mal. On m’emmène en salle de travail et on nous propose finalement l’IMG qu’on accepte tout de suite. On me prépare, on m’explique, puis la péridurale, les médecins arrivent, dernière échographie et… stupeur, le médecin m’annonce que mon bébé est décédé depuis peu (quelques minutes ?), grand soulagement de ne pas avoir eu à décider de sa mort, mais grande tristesse quand même. Mise en route de l’accouchement…


Lundi : Accouchement à 24 SA + 6. Puis je finis par être ramenée dans ma chambre. Je dors beaucoup. Mon corps et mon moral sont épuisés. Dans la soirée, après un autre bilan sanguin, on me transfère en réanimation, mes plaquettes chutent toujours : 35 000. Nouveau coup dur mais les médecins sont confiants, ca devrait remonter d’ici le lendemain. Ils avaient raison et je suis sortie de l’hôpital quelques jours plus tard.


Aujourd’hui ça fait 1 mois, je pense à ma fille, Alexie, tous les jours. On est dans les examens et les rdv médicaux pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé et nous nous reconstruisons doucement et essayons surtout d’intégrer tout ce qu’on a vécu en si peu de temps. Lorsque je relis mon témoignage, je le trouve très concis et un peu trop factuel mais tout ceci est trop récent et parler de mon ressenti est encore trop douloureux pour le moment. En tout cas, je remercie mon conjoint d’avoir été et d’être encore si présent et soutenant pour moi. »


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